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Un monde de possibilités
Par : Ian Bussières

Même si près de 70 % des ingénieurs du Québec appartiennent à l'une des trois grandes spécialités traditionnelles que sont le génie mécanique, le génie électrique et le génie civil, une foule de nouvelles spécialités se sont ajoutées au cours des dernières années et permettent aux membres de l'Ordre des ingénieurs du Québec d'exprimer leurs talents dans une grande variété de domaines.

Bien sûr, les débouchés sont encore limités dans ces nouvelles spécialités qui emploient moins de 1 % des quelque 51 000 ingénieurs du Québec, mais ces nouveaux créneaux pourraient être porteurs de développements intéressants pour l'avenir.

      Il suffit de penser à la biomécanique, grâce à laquelle une compagnie comme Victhom Bionique Humaine crée des membres artificiels, aux biotechnologies et à tout ce qui touche l'énergie éolienne, un domaine qui commence tout juste à se développer et qui fait actuellement la manchette au Québec avec les nombreux projets qui sont à l'étude dans plusieurs régions.

      Le radiodiagnostic, la vision artificielle, l'optique et la photonique, les nanotechnologies et les systèmes de reconnaissance de toutes sortes dans le domaine de la sécurité sont aussi des hyperspécialités qui se développent depuis quelques années et qui requièrent des ingénieurs spécialisés.

      « Ce sont des domaines plus pointus qui se développent lentement et vers lesquels certains jeunes vont se tourner selon leurs intérêts et leurs compétences. Nous n'orientons pas vraiment les jeunes vers ces spécialités car la demande est très limitée et peu de gens travaillent dans ces secteurs », explique Lise Lauzon, gestionnaire du Service carrière chez Serviq, la corporation de services des ingénieurs du Québec.

      Certains domaines du génie se développent cependant davantage depuis quelques années, par exemple le génie municipal, pour lequel il n'y avait pas de demande il y a seulement cinq ou sept ans.

      « Employé par une municipalité, l'ingénieur municipal supervise les travaux de construction d'aqueducs, de trottoirs et d'autres infrastructures municipales. Il travaille avec des firmes de génie conseil, demande les soumissions et s'assure que le travail soit bien fait », explique Radu Kaufman, directeur exécutif de Serviq, ajoutant que les ingénieurs en mécanique de bâtiment, spécialisés entre autres dans les ascenseurs et les systèmes de refroidissement, sont aussi de plus en plus recherchés.

Période faste

Le génie traverse présentement une période faste avec un taux de chômage de 3,4 % seulement, ce qui est presque le plein emploi. Dans certains secteurs est même en train d'apparaître une relative rareté des ressources, notamment en génie civil, un secteur très cyclique dans lequel sont spécialisés près de 19 % des ingénieurs québécois.

      « Au milieu des années 90, il y avait beaucoup de chômage dans ce secteur car peu de grands projets étaient en chantier. Les jeunes qui étaient tentés par une carrière en génie se dirigeaient donc beaucoup moins vers le génie civil et certains ingénieurs civils se réorientaient même vers d'autres domaines, notamment vers l'informatique », explique Mme Lauzon.

      « Cependant, il y a, depuis le début des années 2000, un boom en ce qui concerne les projets de construction d'infrastructures et de routes et, donc, une demande accrue d'ingénieurs civils. Les jeunes recommencent à s'inscrire, mais leur nombre est nettement insuffisant. On répond tout juste aux besoins et certains employeurs ont de la difficulté à composer avec cette rareté des ressources humaines », poursuit-elle en précisant qu'avec un taux de chômage sous la barre des 3 %, les jeunes diplômés en génie civil trouvent presque tous du travail dès la fin de leurs études, notamment dans les firmes de génie conseil, dans l'entreprise privée ou auprès des deux instances gouvernementales.

      Dans le domaine du génie civil, l'émergence des nouvelles manières de construire en fonction du développement durable et les fameuses « constructions vertes » sont des phénomènes qui suscitent une grande conscientisation des ingénieurs, mais qui n'ont pas encore entraîné de développements concrets dans le secteur.

      « La préoccupation existe, notamment dans les écoles de génie comme l'École de technologie supérieure (qui a mis au point le sous-marin à propulsion humaine le plus rapide au monde et une automobile fonctionnant à l'énergie solaire) ainsi que dans un grand nombre de clubs où l'on discute de ces questions. Le dernier congrès de l'Ordre des ingénieurs avait même invité un représentant de Greenpeace pour parler des mesures permettant de contrer l'émission de gaz à effet de serre, et il avait organisé des ateliers de discussion sur le développement durable », fait remarquer Radu Kaufman.

      C'est souvent à partir du moment où le gouvernement légifère en matière d'environnement que cette préoccupation a un effet sur le marché de l'emploi. « Il est plutôt rare que les entreprises agissent d'elles-même », poursuit-il.

      Quant au génie mécanique, dans lequel est spécialisé un ingénieur québécois sur quatre, le point d'équilibre est atteint entre l'offre et la demande. En effet, la demande est régulière et le taux de chômage s'élève à 3,8 % dans ce secteur où l'embauche est surtout le fait des entreprises manufacturières et de services, et qui compte beaucoup de spécialités, notamment la mécanique industrielle qui est le domaine de la fabrication des machines destinées aux usines.

Le courant passe à nouveau

Pour sa part, le génie électrique, qui regroupe 23 % des ingénieurs, a connu des hauts et des bas au cours des dernières années. « À la fin des années 90, les entreprises avaient de la difficulté à recruter des ingénieurs électriciens car tout le monde en voulait! Cependant, avec l'éclatement de la bulle technologique au début des années 2000 et les problèmes rencontrés par des entreprises comme Nortel, ce secteur du génie a été passablement malmené. D'importantes vagues de licenciements ont suivi et plusieurs ingénieurs se sont retrouvés sans emploi », explique Mme Lauzon.

      La situation tend toutefois à se replacer, l'économie va mieux et les entreprises, notamment celles du secteur des produits électriques et électroniques, de même que les entreprises spécialisées dans les composantes d'ordinateurs, recommencent à embaucher. « Il ne faudra qu'une année ou deux avant que tout rentre dans l'ordre. Les affaires ont repris et les employeurs qui avaient dû supprimer de nombreux postes ont de nouveau besoin de personnel », poursuit-elle.

      « Le génie requiert une formation de quatre ans. Aussi, quand un finissant du cégep décide de prendre cette voie, il choisit habituellement le type de génie qu'il aime, mais, souvent, il se base aussi sur la situation du marché. Le problème que nous constatons est alors le suivant : à la fin de cette formation, la situation peut avoir changé du tout au bout et les besoins des entreprises peuvent ne plus correspondre avec les qualifications de la main-d'œuvre disponible », reprend Radu Kaufman qui suggère par conséquent aux futurs ingénieurs de choisir leur branche de génie d'abord en fonction de leurs intérêts.

      Le reste des ingénieurs est surtout concentré dans les domaines suivants : génie chimique (7 % de la main-d'œuvre), génie industriel (5 %), génie informatique (4 %), génie physique et génie géologique (2 %), génie minier et génie rural (1 % chacun). « Il reste donc une vingtaine de petites spécialités dans chacune desquelles on trouve de 500 à 1 000 ingénieurs », précise Mme Lauzon.

      D'ailleurs, dans le domaine du génie minier, la demande de personnel est à la hausse. Ainsi, selon M. Kaufman, « la demande est croissante et les bonnes performances de certaines mines y contribuent grandement. On parle notamment de la mine de fer Wabush, sur la Côte-Nord, de la mine d'or Aurizon à Val-d'Or, de la mine Agnico-Eagle de Cadillac, qui exploite l'or, le cuivre, l'argent et le zinc, et des Mines Seleine des Îles-de-la-Madeleine ».

      Quant au génie informatique, il est l'une des « jeunes » spécialités du génie où la demande de personnel est bonne. « Ce n'est pas un domaine qui existe depuis 100 ans, comme le génie civil, mais le secteur est bien établi depuis quelques années et il y a de la demande au niveau de la conception, mais aussi de la gestion et de l'administration », poursuit Mme Lauzon.

Plus que l'expertise

Pour ce qui est du recrutement des ingénieurs fraîchement diplômés, tout se passe essentiellement autour des universités, notamment lors des Journées carrières où les différents employeurs sont invités à rencontrer les finissants, ou lors des stages en entreprise que doivent effectuer tous les étudiants en génie. « Tous les stages ne se transforment pas automatiquement en postes réguliers, mais il arrive souvent que ce soit le cas », précise Mme Lauzon.

      « Avec les services d'emploi des universités, les employeurs peuvent accéder gratuitement à tout un bassin d'ingénieurs. C'est la raison pour laquelle on ne trouve pas beaucoup d'offres d'emploi pour des ingénieurs sur les babillards d'emplois. Pour les ingénieurs plus expérimentés, c'est différent. Les employeurs recourent alors à des organismes comme Serviq qui possède un service d'information réservé aux membres de l'ordre, ou encore aux grands babillards d'emplois et même aux chasseurs de têtes », poursuit-elle.

      En plus de créer de nouvelles spécialités, l'évolution des technologies a aussi changé la façon de travailler des ingénieurs. « L'ingénieur ne travaille plus seul dans son bureau depuis un bon bout de temps! Il travaille en réseau et fait partie d'une équipe qu'il dirige et dans laquelle on peut trouver des personnes relevant de la production ou du département des ventes », reprend la porte-parole de Serviq.

      Les employeurs demandent donc à leurs ingénieurs d'être de plus en plus habiles en communication, sans compter que le bilinguisme s'impose de plus en plus car les clients et fournisseurs des entreprises peuvent se trouver un peu partout dans le monde. « Pour un ingénieur, il ne s'agit plus seulement de communiquer avec ses pairs, mais aussi avec les gens d'autres secteurs de l'entreprise et même avec les clients », poursuit Mme Lauzon.

      Une autre demande qu'elle entend souvent formuler par les employeurs depuis quelques années est qu'ils souhaiteraient que les ingénieurs soient davantage conscients de la dynamique de l'entreprise. « On demande de plus en plus aux ingénieurs d'être engagés dans le développement et la croissance de l'entreprise. Ils doivent donc posséder des compétences dans le domaine de la gestion des affaires. C'est vraiment une nouvelle tendance qui se développe actuellement », indique-t-elle.

      Radu Kaufman abonde d'ailleurs dans le même sens, précisant du même souffle que la formation continue est un aspect important du travail d'ingénieur. « L'ingénierie est un domaine qui évolue sans cesse. Donc, si quelqu'un ne prend pas conscience de l'importance de la formation continue, il ne gardera pas son emploi bien longtemps! », conclut-il.


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