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À court de ressources
Par : Claude Bouchard

Dans le cadre de la réforme à mettre en place, le réseau de l'éducation, qui compte environ 120 000 enseignants de l'école primaire à l'université, ouvre grand ses portes aux professeurs spécialisés. Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) devra en effet embaucher 12 000 enseignants dans le courant des cinq prochaines années. Les besoins sont criants et, surtout, urgents. Le hic, c'est que les aspirants à la carrière ne sont pas assez nombreux. Cette année, les universités fourniront 3 500 diplômés, soit 1 800 de moins qu'il en faudrait.

L'augmentation du temps d'enseignement au primaire et au secondaire crée un grand besoin de nouveaux enseignants, explique Marie-Claude Champoux, sous-ministre adjointe à l'information et aux communications au MELS. En septembre 2006, la durée des cours augmentera en effet de 90 minutes par semaine, faisant plus de place aux matières spécialisées, dont l'anglais qui sera introduit dès la première année. C'est pourquoi, du côté des écoles primaires, quelque 4 700 nouveaux titulaires seront requis avant 2010. Le réseau manque plus particulièrement de professeurs de matières générales, d'anglais langue seconde et d'éducation physique. Il aura également besoin d'embaucher plus de 1 100 titulaires de classes préscolaires, de même que des enseignants en musique et en arts plastiques.

Des solutions à la pénurie

Raymond Nolin, 21 ans, termine ses études en enseignement des mathématiques. Depuis quelque temps, son téléphone ne dérougit pas : les offres de travail pleuvent! Comme il a obtenu plus de 30 crédits à son baccalauréat, il a la possibilité de faire du remplacement dans les établissements scolaires du Québec. C'est l'une des mesures adoptées par le MELS pour contrer la pénurie de personnel enseignant. Les commissions scolaires doivent aussi faire preuve d'imagination pour combler leurs besoins d'enseignants. Ainsi, plusieurs négocient avec les professeurs en place pour qu'ils retardent leur départ à la retraite et acceptent des tâches réduites. Cela devrait leur permettre d'attendre l'arrivée des nouveaux diplômés. Pour ajouter au casse-tête des administrations d'école, il y a un véritable boom des naissances chez les enseignantes, ce qui accroît les besoins de personnel de remplacement. « L'an passé, dans la même école, j'ai pris successivement la charge de trois profs pendant leur congé de maternité », explique M. Nolin. Dans l'ensemble du Québec, 4 000 professeures ont dû être remplacées pour un congé de maternité en 2005.

      Il reste que l'entrée dans la profession n'est pas facile. Un jeune enseignant doit attendre plusieurs années avant d'obtenir un horaire à temps plein et, éventuellement, sa permanence. Cette précarité de l'emploi, conjuguée à l'ampleur de la tâche, fait en sorte que plusieurs profs décrochent avant d'y parvenir. Selon les données du MELS, 15 % d'entre eux quittent la profession au cours des cinq premières années de leur carrière.

Ressources insuffisantes au secondaire

Les écoles secondaires sont aussi à court de ressources. « Depuis quelques années, on ne réussit plus à assurer tous les cours en mathématiques et en sciences notamment », déplore Sylvie Turcotte, directrice de la formation et de la titularisation du personnel scolaire au MELS. Bon nombre de professeurs partent à la retraite en même temps que les écoles secondaires constatent une augmentation du nombre d'élèves. « Dans les années 1990, il y a eu un boom des naissances. Les enfants de cette vague arrivent aujourd'hui au secondaire », explique Mme Champoux. Pour que les profs soient en nombre suffisant, le MELS a dû octroyer, pour l'année scolaire 2005-2006, plus de 1 000 « tolérances d'engagement », une mesure qui permet aux écoles d'embaucher des gens sans formation en pédagogie pour combler des postes dans certaines matières. Cette pratique est en forte progression. Comparativement à l'année précédente, il y a près de 50 % de professeurs en plus, qui enseignent sans permis dans le réseau scolaire.

      Avec la réforme scolaire qui commence à être mise en place, conjuguée aux besoins de relève et à l'augmentation du nombre d'élèves, les possibilités d'emploi seront nombreuses au secondaire au cours des prochaines années. En 2008, il y aura près de 700 professeurs à remplacer en maths et en sciences. Une pénurie de professeurs en adaptation scolaire, en langue seconde, en arts plastiques, en musique et en sciences humaines est également prévue dans le courant des cinq années à venir. Pour l'enseignement de chacune de ces matières, le ministère devra engager entre 350 et 525 professeurs. La conjoncture sera particulièrement favorable pour les profs de français puisqu'il y aura plus de 1 000 postes à combler dans cette matière. Une situation qui s'explique par le fait que, dans le cadre du nouveau régime pédagogique, les étudiants doivent réussir un nombre accru d'unités en français pour obtenir leur diplôme d'études secondaires.

Un répit dès 2010

La période d'embauche massive dans l'ensemble du réseau scolaire sera toutefois de courte durée, car la pénurie de professeurs devrait être résorbée autour de 2010. Deux facteurs auront pour effet de diminuer les besoins : la diminution du nombre d'élèves dans les écoles secondaires et la fin des départs à la retraite des enseignants de la génération des baby-boomers. Dans l'intervalle, la mise en place de la réforme sera terminée et les besoins de personnel seront moins grands. Le nombre d'élèves au secondaire décroîtra de 20 % dans les dix prochaines années et se stabilisera vers 2014. Bref, il reste environ cinq ans pour profiter de la manne!

Cégeps et universités : des besoins différents

Les besoins de recrutement sur le plan collégial ne sont pas aussi aigus, du moins pour le moment, car les cégeps souffrent actuellement d'une diminution du nombre d'étudiants. La situation évoluera cependant dans cinq ans, quand les enfants du baby-boom d'avant 2000, qui viennent d'entrer au secondaire, entameront leurs études collégiales. Selon les données du MELS, environ 5 % des professeurs de cégep partent à la retraite chaque année. Néanmoins, les emplois restent rares dans les cégeps qui embauchent principalement des personnes détenant une maîtrise.

      Quant au réseau universitaire, il est difficile de brosser un portrait exact des besoins de recrutement, car on assiste à une véritable bataille de chiffres entre le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) et la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec. Selon le CSE, les universités devraient engager plus de 3 000 professeurs avant 2008 pour compenser les départs à la retraite et l'augmentation des inscriptions, mais, de son côté, la CREPUQ estime les besoins à 1 000 nouveaux enseignants par année de 2004 et 2012.

      Une étude récente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université démontre que les domaines des sciences humaines, des sciences appliquées, des sciences pures et de l'administration sont moins fermés pour les chercheurs d'emploi. Selon le rapport, 665 nouvelles recrues en moyenne ont été embauchées dans les universités québécoises chaque année depuis l'an 2000. Le chemin est néanmoins ardu pour obtenir une charge d'enseignement dans une université. Les nouveaux professeurs ont en moyenne 38 ans et doivent accumuler des années de stages post-doctoraux et de charges de cours avant d'obtenir un emploi stable.

Des conditions d'embauche plus souples

Face aux pénuries d'enseignants appréhendées, Jean-Marc Fournier, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, a annoncé récemment un assouplissement des règles d'accès à la profession. La formation en pédagogie ne sera plus obligatoire, comme c'est le cas depuis les années 90. Désormais, les bacheliers spécialisés dans une discipline comme la biologie ou les mathématiques pourront occuper un emploi d'enseignant dans les écoles primaires et secondaires. Ils devront toutefois promettre d'obtenir des crédits supplémentaires en pédagogie dans les délais exigés par le ministère.

      Pour leur part, les étudiants de quatrième année au baccalauréat en enseignement pourront recevoir une autorisation provisoire d'enseigner, mais à la condition de terminer leurs études dans un délai de deux ans. « Ils passent déjà une bonne partie de leur dernière année à faire des stages. Ils sont donc déjà beaucoup plus prêts que ceux qui n'ont aucune formation en pédagogie », soutient Sylvie Turcotte, directrice de la formation et de la titularisation du personnel scolaire au ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport. Des ententes devront néanmoins être conclues entre les universités et les commissions scolaires afin d'encadrer les nouveaux professeurs.

      De plus, un programme de perfectionnement sera instauré pour permettre à des professeurs titulaires de classes primaires de se spécialiser dans le domaine de leur choix. Les frais de scolarité seront payés par le ministère. Dans la perspective de la diminution du nombre d'élèves, déjà amorcée, cette possibilité de spécialisation tombe à point pour les professeurs de l'enseignement primaire.

      Par ailleurs, les enseignants du niveau collégial pourront plus facilement faire le saut au secondaire, mais en respectant certaines conditions. Ainsi, avant l'embauche, ils devront avoir fait un stage probatoire de 600 heures dans une école. Ils devront également s'engager à réussir, dans les cinq ans suivant leur entrée en fonction, 15 unités d'un programme d'enseignement au secondaire. Ces nouvelles dispositions seront valables jusqu'en 2010, année où la pénurie d'enseignants devrait être chose du passé.


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