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Des emplois méconnus
Par : Ian Bussières

Les emplois du commerce ne se limitent pas à ceux de caissier, de vendeur ou de préposé au service à la clientèle. Ceux-ci sont mieux connus car les personnes traitent directement avec les clients, mais il y a une foule d'autres travailleurs œuvrant dans la chaîne qui permet d'amener les produits sur les tablettes des magasins. Pour ceux qui cherchent ces emplois, comme plusieurs autres du domaine commercial, les perspectives d'embauche sont excellentes, car de nombreux groupes commerciaux du Québec reconnaissent avoir de la difficulté à recruter des travailleurs.

Dans tous les types de commerces, la chaîne commence par l'acheteur : c'est lui s'occupe de négocier les ententes avec les fournisseurs. Toutefois, les postes d'acheteur sont souvent comblés par du personnel déjà à l'emploi des entreprises.

      « Je ne peux pas dire que ces postes soient difficiles à combler, car, quand un poste se libère, c'est souvent un de nos commis de bureau qui devient acheteur. Et donc, en bout de ligne, c'est habituellement un poste de commis de bureau que nous avons à combler », explique Michèle Lapointe, conseillère en ressources humaines chez Brault & Martineau.

      Le géant du meuble n'a pas non plus de difficulté à combler ses postes de commis de bureau, car il figure parmi les rares entreprises de la région montréalaise à ne pas requérir le bilinguisme pour ces postes. « Même si nous sommes à Montréal, presque tout se déroule en français », ajoute Mme Lapointe.

      Même son de cloche du côté des magasins Croteau, où Jennifer Granon, acheteuse, reconnaît que les postes d'acheteurs sont peu nombreux et pas vraiment difficiles à combler. « Il faut cependant être au courant des styles et des tendances, faire des recherches et préparer les budgets pour les achats. Mais, comme Croteau est une entreprise familiale, ce sont surtout des membres de la famille qui occupent ces postes », signale-t-elle.

      Mme Granon précise également que, depuis l'abolition des quotas d'importation dans le domaine du vêtement en 2003, elle fait affaire, pour l'essentiel, avec des fournisseurs de Chine, de Corée, du Bangladesh et de l'Inde. « La production domestique a presque complètement disparu et elle ne représente plus que 3 % de notre marchandise », précise-t-elle.

La valse des chariots élévateurs

Une fois que les acheteurs ont fait leur travail, les fournisseurs livrent la marchandise à l'entrepôt de l'entreprise, et c'est à ce moment que commence l'important travail du personnel d'entrepôt, l'un des domaines du commerce où il est très difficile de recruter des travailleurs.

      Qui sont-ils et que font-ils? Il s'agit des manutentionnaires qui s'occupent de charger et de décharger les camions, des opérateurs de chariots élévateurs, des préposés à l'expédition et à la réception, des travailleurs qui n'ont pas à fournir d'effort physique mais dont la tâche consiste à vérifier les bordereaux et à s'assurer que la marchandise livrée correspond bien à ce qui a été commandé, etc. Ce genre de personnes, les grands groupes commerciaux en cherchent toujours et ont souvent du mal à en trouver, même si les exigences ne sont pas élevées.

      « On demande un diplôme de cinquième secondaire, mais une personne qui ne l'a pas peut parfois obtenir un poste quand même », explique Michèle Lapointe. « Les gens ne se bousculent pas pour décrocher ce genre de poste, car le travail doit souvent se faire dans un environnement très chaud et il peut rapidement devenir routinier. De plus, lors de l'entrevue d'embauche, beaucoup de candidats se disent très forts et très bons, mais ce n'est pas toujours le cas dans la réalité », poursuit-elle.

      Le fait que les travailleurs d'entrepôt de Brault & Martineau soient couverts par une convention collective vient également compliquer la tâche des recruteurs. « L'échelle salariale commence à 9,19 $ l'heure. Alors, évidemment, avec un tel salaire de base, nous ne réussissons pas à recruter des employés qui ont cinq ou dix ans d'expérience. Nous devons donc nous rabattre sur des candidats plus jeunes… et qui dit jeunes dit génération Nintendo, une génération qui souhaite gagner de 10 à 15 $ l'heure sans trop se forcer », explique-t-elle.

      Bref, ces postes (où les travailleurs alternent entre une semaine de 36 heures et une semaine de 48 heures dont les douze dernières heures sont payées à salaire majoré de 50 %) attirent souvent des candidats qui ont tout essayé mais n'ont pas réussi à décrocher un emploi ailleurs.

Des horaires moins attrayants

« Bien sûr, il y a des primes de nuit ou de fin de semaine, mais, souvent, ce n'est pas assez pour attirer les candidats. Il est clair que des gens qui ont travaillé toute leur vie au salaire minimum seront heureux du salaire que nous offrons, mais les jeunes travailleurs veulent plus et nous ne pouvons pas négocier le salaire avec les candidats potentiels à cause de la convention en vigueur. Heureusement que nous avons une assurance collective qui nous permet de demeurer compétitifs sur le plan du recrutement », poursuit Mme Lapointe.

      Cette dernière parle d'ailleurs de début de pénurie dans ce domaine d'emploi, car combler un poste peut parfois demander jusqu'à un mois et demi… si on y arrive, car, parfois, on n'y arrive pas! « L'été, c'est plus facile, car ceux qui cherchent un emploi d'été sont souvent prêts à travailler n'importe où. Cependant, quand l'école recommence en septembre et que plusieurs quittent leur poste, c'est plus compliqué. »

      En plus de ces contraintes, Nathalie Martin, responsable des ressources humaines chez Familiprix, dont le siège social est situé à Québec, doit également composer avec une situation qui se rapproche du plein emploi.

      « La situation du personnel d'entrepôt est difficile depuis quelques années. C'est une main-d'œuvre qui roule beaucoup. Nous n'avons pas vraiment de difficulté à garder nos employés permanents, mais, pour la trentaine d'employés à temps partiel, c'est plus difficile car il y a beaucoup d'emplois disponibles », explique-t-elle.

      Le fait que le travail se fasse de soir et de nuit rebute aussi certains candidats, notamment les plus jeunes qui se lassent rapidement et se trouvent un autre emploi. « Présentement, nous avons tout notre personnel, mais il y a régulièrement des employés qui s'en vont. Je dirais que nous perdons un commis d'entrepôt toutes les trois semaines. L'été, nous embauchons des étudiants et c'est ce qui nous sauve », poursuit Mme Martin.

      « Nous recevons beaucoup de CV pour des postes de manutentionnaire, de commis d'entrepôt et de commis à l'expédition, mais nous en éliminons beaucoup après l'entrevue car les candidats ne sont pas compétents ou ils ont parfois même des problèmes personnels », conclut-elle.

En route vers le magasin

Une fois la marchandise rendue à l'entrepôt, il faut l'acheminer dans les succursales. Certaines entreprises donnent le service de transport en sous-traitance, alors que d'autres ont leur propre service de transport et donc aussi leurs propres chauffeurs de camion, mais, là aussi, les postes disponibles sont souvent comblés à l'interne.

      « Nos commis d'entrepôt qui ont une certaine ancienneté et qui possèdent un permis de conduire approprié peuvent devenir chauffeurs », explique Chantal Poissant, conseillère en ressources humaines au Groupe Jean-Coutu.

      Par contre, ce qu'il y a de particulier chez Brault & Martineau, c'est que les magasins servent surtout comme salles d'exposition, alors que la plupart des produits sont livrés directement aux clients à partir du centre de distribution de Montréal-Est. Les magasins placent leurs commandes par informatique et les préposés à l'expédition se chargent de préparer les commandes et de les faire livrer aux acheteurs.

      La compagnie emploie d'ailleurs une vingtaine de chauffeurs en plus des contrats de transport accordés en sous-traitance. « Nos chauffeurs sont attitrés aux livraisons spéciales comme celles de certains écrans géants et de réfrigérateurs de type SubZero », explique Michèle Lapointe.

      Une fois livrés aux succursales, les produits sont placés dans les magasins par les étalagistes avant d'être vendus. « Chez Jean Coutu, nous pallions le manque de main-d'œuvre d'expérience en donnant nous-même la formation nécessaire », signale Mme Poissant.

En périphérie du « commerce »

Outre ces emplois, le secteur du commerce a également un besoin criant de travailleurs dans plusieurs autres domaines, qu'il s'agisse de vendeurs, de préposés au service à la clientèle ou encore de techniciens en informatique ou d'adjoints administratifs.

      « Je parle régulièrement à d'autres responsables des ressources humaines et nous constatons qu'il y a des agents de bureau disponibles, mais seulement très peu qui aient un excellent français et de bonnes connaissances de Excel et de Word. Je ne sais pas pourquoi, mais les jeunes qui sortent actuellement du programme Techniques de bureautique ont un français épouvantable! C'est pourquoi, si nous voulons un adjoint administratif possédant une bonne connaissance du français, nous devons embaucher quelqu'un de 40 ans ou plus! », explique Nathalie Martin.

      Pour ce qui est de l'informatique, elle ajoute que les compagnies qui, comme Familiprix, utilisent la plateforme RPG sont toutes aux prises avec le même problème : « RPG existe depuis longtemps, mais les commissions scolaires du Québec ont décidé de cesser de donner la formation qui permet de travailler sur cette plateforme. C'est ainsi qu'il n'y en a plus qu'une seule dans la région de Montréal qui forme des étudiants en RPG avec, comme conséquence, que les entreprises s'arrachent les jeunes diplômés. Présentement, nous avons notre personnel dans ce domaine mais, si l'un de nos employés nous quitte, nous devrons “voler” un analyste informatique à une autre entreprise et, pour cela, mettre le paquet sur le plan salarial ».

      Les comptables avec des titres de CA ou CGA spécialisés en analyse financière sont également dans la mire de Familiprix, mais ils sont difficiles à trouver. « Beaucoup de comptables font de la comptabilité bancaire et des états de compte, mais nous cherchons des gens capables de faire de l'analyse d'investissement : est-ce que ça vaut la peine d'investir dans tel édifice, d'acheter telle pharmacie ou d'absorber tel concurrent? », poursuit Mme Martin.

      Bref, dans les magasins, dans les bureaux ou dans les entrepôts, le secteur du commerce offre toujours de nombreuses possibilités d'emploi. De plus, la tendance risque de se maintenir au cours des prochaines années, car la demande de personnel de la part des principaux groupes commerciaux du Québec risque d'augmenter.


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