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Un marché en effervescence
Par : Carole Le Hirez

Les diplômés en gestion et en administration n'ont pas de souci à se faire pour leur avenir. La déréglementation des services financiers et des assurances au tournant des années 80, puis la mondialisation conjuguée aux mouvements de fusion et d'acquisition, sans oublier l'innovation technologique, tout a contribué à multiplier les produits et services et donc à augmenter la concurrence. Les baby-boomers prenant leur retraite, de nombreux sièges se sont libérés. Résultat : les emplois abondent et certains secteurs souffrent même d'une pénurie de main-d'oeuvre.

Le vaste domaine qui englobe les professions reliées à la gestion, aux assurances et aux services financiers, emploie près de 200 000 personnes au Québec. Environ 13 000 postes y sont créés chaque année, selon Emploi-Québec. Les personnes les plus recherchées? Les analystes financiers, les vérificateurs comptables, les actuaires, les experts en sinistre et les agents en assurance de dommages. « Ce sont des emplois transversaux qui ne sont pas confinés à un nombre limité de secteurs et offrent donc beaucoup de possibilités », souligne Normand Roy, directeur du Centre d'étude sur l'emploi et la technologie (CETECH) à Emploi-Québec.

La finance a la cote

Les institutions financières, avec quelque 77 000 employés recensés par Emploi-Québec, drainent à elles seules près de 40 % de la main-d'oeuvre en administration. Les services reliés à la gestion d'actifs ont plus particulièrement le vent dans les voiles. Après le marasme du début des années 2000, marquées par l'éclatement de la bulle technologique, les placements ont de nouveau la cote. À la Financière Banque Nationale, qui emploie près de 3 000 personnes, on embauchera 400 nouvelles recrues cette année, principalement dans la grande région de Montréal. « Une forte proportion de nos employés partira à la retraite au cours des cinq à dix prochaines années. Nous avons donc des besoins importants à combler », explique Sophie Légaré, directrice du recrutement et du support conseil. Sur la ligne de front, il y a les quelque 800 conseillers en placement, une main-d'oeuvre vieillissante qu'il faut renouveler. Un défi d'autant plus grand que le milieu du courtage en valeurs mobilières étant restreint, le maraudage y va bon train. « Le téléphone sonne souvent chez nos employés. Cela nous oblige à nous remettre constamment en question comme employeur et à observer de près les pratiques de nos concurrents », note Mme Légaré.

      À la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui gère le régime de retraite des Québécois en plus de fonds privés et d'actifs immobiliers, la moitié des 823 employés oeuvre dans le secteur des investissements. Comme elle est en croissance, l'organisation prévoit embaucher une centaine de personnes au cours de la prochaine année. Elle a besoin d'analystes financiers, de personnel de soutien aux gestionnaires de portefeuilles, de professionnels en gestion de risque et en vérification. Les bons gestionnaires de fonds s'arrachent sur le marché et les salaires flambent. « Les métiers de la finance deviennent de plus en plus pointus. Il y a une rareté de l'expertise, signale France Beauregard, vice-présidente aux Ressources humaines et développement organisationnel. Les spécialistes en économétrie et en mathématiques sont également très recherchés. Pour en trouver, nous devons recruter dans des villes aussi éloignées que New York et Londres. »

Améliorer la performance

La croissance économique étant au rendez-vous, la compétitivité fait rage entre les entreprises qui cherchent à afficher les meilleurs rendements. Elles font donc appel à des cabinets de comptables spécialisés pour améliorer leurs performances et augmenter leur rentabilité. Chez Pricewaterhouse Coopers, l'année 2006 a été particulièrement chargée en ce qui concerne le recrutement. Le bureau montréalais, qui compte quelque 120 employés, vient de s'adjoindre une vingtaine de professionnels supplémentaires, principalement des comptables généraux (CGA) et des comptables en management accrédités (CMA). Il prévoit continuer à ce rythme au cours de la prochaine année. « Actuellement, nous travaillons beaucoup sur les partenariats public-privé. Nous cherchons donc du personnel pour monter des dossiers de financement et répondre aux appels d'offres gouvernementaux », signale François Lamoureux, directeur des ressources humaines.

      Aujourd'hui, le personnel comptable doit plus que jamais apprendre à jongler avec plusieurs composantes. Les nouvelles lois fiscales, les interprétations des tribunaux et les obligations de divulgation d'information se multiplient dans un contexte de plus en plus réglementé, avec en toile de fond les récents scandales financiers. En prime, donc, du travail supplémentaire pour les services de comptabilité. « L'entrée en vigueur de la réglementation Sarbanes-Oxley aux États-Unis a créé un nouveau besoin en matière de vérification et celui-ci requiert beaucoup de main-d'oeuvre », précise Jean-François Thibault, directeur du recrutement chez Deloitte, un cabinet comptant 1 700 employés au Québec. La compagnie cherche donc à embaucher des comptables spécialisés dans la certification des états financiers ainsi que des fiscalistes.

Du mouvement dans les assurances

Du côté des assurances aussi, le baromètre est au beau fixe. Bon nombre d'assureurs ont engrangé des bénéfices records au cours de la dernière année. Les acquisitions et le développement du réseau de distribution de plusieurs d'entre eux ont également modifié le jeu de la concurrence dans l'industrie. À cela, il faut ajouter les efforts déployés pour percer le marché de la gestion du patrimoine et du crédit – autrefois une chasse gardée des banques – et pour se développer à travers le pays, voire sur le plan international.

      Depuis quelques années, les compagnies de vente directe prennent de plus en plus d'importance, contribuant à créer une pression supplémentaire sur la main-d'oeuvre. Ces compagnies, qui proposent leurs produits d'assurance au public sans passer par des courtiers, fonctionnent en général avec des centres d'appels et sollicitent directement le client. Certaines pratiquent les deux : la vente directe et le courtage.

      Les agents d'assurance de dommages sont une espèce recherchée que l'on tente d'attirer par tous les moyens. « On est allé chercher du personnel chez les courtiers, mais ce n'est pas suffisant. Les écoles ne forment pas assez de monde », note Christine Hébert, directrice principale du développement du potentiel humain à l'Industrielle Alliance. L'entreprise, qui emploie près de 2 000 personnes au Québec, recrute des agents par dizaines chaque année. Pour les garder, elle leur propose d'alléchantes perspectives de promotion dans l'entreprise.

      Pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre, Meloche Monnex a choisi, pour sa part, de recourir à l'embauche de personnel sans expérience qu'elle forme elle-même. Cette année, l'entreprise intégrera ainsi 170 nouveaux employés. Pour combler le manque d'actuaires, la compagnie a également décidé d'aider financièrement les candidats à terminer leur formation et à passer leurs examens. L'assureur doit toutefois composer avec un fort taux de roulement. « Près de 24 % des recrues partent au cours des six premiers mois. Il y a de moins en moins de candidats disponibles et tout le monde veut les meilleurs », observe Yvonne Leroux, vice-présidente à la gestion des ressources humaines.

      Il y en a donc pour tous les goûts dans ce secteur très diversifié et les perspectives de carrière sont fort prometteuses pour les candidats motivés. De plus, les prévisions économiques et démographiques laissent présager que cette situation prévaudra pendant plusieurs années.

Une formation qui donne des ailes

« Mon premier emploi au Québec? Je l'ai obtenu en 2003 grâce en grande partie au Programme exécutif CMA-MBA, un programme de formation à temps partiel auquel je venais de m'inscrire. En entrevue avec mon futur employeur, j'ai expliqué qu'en deux ans et demi, j'obtiendrais un titre comptable reconnu qui me permettrait de jouer un rôle d'influence dans l'organisation et de participer pleinement à son développement.

      Maintenant, avec le titre de CMA en poche et l'expérience de travail pertinente qu'il m'a permis d'acquérir au Québec, j'ai confiance en mon avenir professionnel ici. »

Younes Alami Benhalima,
CMA, MBA Contrôleur de gestion
Scierie Tech Inc., Lac Mégantic.

Être bien outillé

Si les possibilités de carrière abondent, encore faut-il être bien outillé pour en profiter. Les perspectives d'emploi sont plus favorables si les aspirants sont munis d'un diplôme universitaire. « Les employeurs deviennent de plus en plus exigeants, surtout dans le domaine bancaire. Les fonctions de base ayant tendance à s'automatiser de plus en plus, l'importance du rôle de conseiller augmente sans cesse », précise M. Roy d'Emploi-Québec.

      Pour attirer le candidat idéal, les employeurs doivent déployer un véritable arsenal de séduction. « Aujourd'hui, les entreprises ne peuvent plus se contenter de dire qu'elles sont les meilleures. Pour séduire le diplômé, elles doivent lui présenter des défis, lui donner des responsabilités, assure Pierre Francq, directeur du service de placement et de gestion de carrière à HEC Montréal. Nos étudiants veulent être en mesure d'influencer le développement de la compagnie qui les engagera. »


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